Compte Rendu : Séance 1 

La société civile : différents regards sur le territoire et instruments pour une paix en cohérence avec la nature.

02 octobre 2017, 17h00 à 20h00.  Amphi 1er Étage. Institut des Hautes Études de L’Amérique Latine- IHEAL.  28 Rue Saint-Guillaume, 75007- Paris, France.

 

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Document élaboré par : Juliana Castaño-Gonzalez, consultante privée et co-organisatrice.

La séance du 2 octobre 2017, fut conçue comme un espace de dialogue entre les acteurs clés de la société civile et ceux des milieux universitaires.

Ce fut l’occasion pour les différentes organisations mobilisées de présenter leurs dispositifs d’action en faveur du développement durable en Colombie et d’explorer ensemble les questions soulevées par la mise en œuvre de l’Accord de Paix en termes de gestion des territoires.

 

L’ouverture de cette première séance inclut un mot de bienvenue de la part de Monsieur Olivier Compagnon, Directeur de L’IHEAL-CREDA suivie par une brève allocution de Madame Anne Louyot, Commissaire générale pour la France de l’Année France-Colombie 2017 qui pointa l’importance de renforcer la coopération bilatérale en matière de protection de la biodiversité, via de nouveaux espaces de réflexion comme ce séminaire.

La séance débuta par l’intervention de Alejandro Balentine économiste et futur diplômé du master en études latino-américaine à l’IHEAL qui aborda les principaux enjeux liés au conflit armé et à la signature de l’Accord de Paix, à savoir:

La réforme agraire des années 60 comme étant à l’origine des premiers mouvements insurrectionnels s’opposant au gouvernement colombien. La guérilla des FARC s’est consolidée dans ce contexte comme un des principaux acteurs du conflit qui devint de plus en plus complexe par l’irruption de groupes paramilitaires et d’organisations criminelles à partir des années 80.

 

La correspondance entre les zones de conflit et les territoires les plus riches en biodiversité et en ressources essentielles comme  l’eau et  les sols.

Par exemple, 41 des 49 communes de haute priorité par rapport à l’incidence du conflit  comprennent des parcs naturels ou des réserves forestières.

L’accord de Paix  signé à la Havane en 2016, fourni un cadre pour la gestion de ces zones reposant sur une « approche territoriale » qui permettrait d’assurer leur  « viabilité socio-environnementale ».

La Réforme rurale intégrale proposée par ce document est fondée  sur l’équilibre entre les différents modes de production et replace l’accès à la terre, notamment  la  délimitation des frontières agricoles et  la protection des zones de réserve, au centre des stratégies de développement des territoires post-conflit. 

Cette approche repose également sur la participation des communau

 

tés rurales et l’appui à la structuration de leurs propres instruments de planification territoriale.

Les données sur la biodiversité sont essentielles à cet effet mais elles sont souvent présentées dans un langage scientifique. Cela soulève donc la question de comment les rendre accessibles aux communautés et aux décideurs à différentes échelles. La deuxième intervention de la séance se situe précisément au coeur de cette problématique.

 « Ceci est mon paysage ! La biodiversité de Soatá, Boyacá, Colombie » c’est le titre de l’ouvrage présenté par Catherine Gamba-Trimiño, l’é

 

ditrice et   co-fondatrice de l’ONG OCOTEA (Colombie).

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Cet ouvrage a donné la possibilité à 8 chercheurs de réécrire en langage largement accessible, à l’aide d’une journaliste scientifique, leurs travaux sur la biodiversité d’une municipalité déclarée comme Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux: Soatá, Boyacá.

Axé sur l’approche des services éco-systémiques ; ce travail promeut la communication horizontale et la capitalisation des connaissances locales. Il inclut également des préconisations en vue de la mise en œuvre d’un tourisme communautaire, juste et durable.

Cette publication a reçu une Mention d’Honneur lors de l’édition 2017 des prix scientifiques les plus prestigieux de Colombie (décernés par la fondation Alejandro Angel Escobar).

Après Catherine ce fut le tour de Camilo Sánchez de présenter d’autres dispositifs ayant un très grand potentiel pour construire une paix en cohérence avec la nature en Colombie : les éco-villages et les Réserves Naturelles de la Société Civile.

 

Camilo est un urbaniste engagé depuis plus de 10 ans à tisser des liens entre la France et la Colombie afin de promouvoir le développement de zones éco-constructibles dans les deux pays.  Il a opté pour partager deux des expériences qu’il accompagne : la Fondation Darién et le projet RAZANA.

La Fondation Darién est une ONG dédiée depuis 25 ans à la protection de l’environnement dans le nordouest-colombien. Les actions qu’elle mène sur le terrain ont permis la création du premier éco-village colombien qui fait partie du réseau Global d’Écovillages (Global Ecovillage Network) avec le soutien de l’organisation norvégienne Change the World.

Grâce au soutien de la même organisation, la Fondation Darién s’est engagée il y a trois ans à la mise en oeuvre d’un projet visant à transformer le territoire de San Rafael-San Carlos (Antioquia), en un centre d’inspiration pour l’éco-développement et la paix via la constitution d’une Réserve Naturelle de la Société Civile.

Le modèle de gestion de ce territoire, reconnu comme Aire Protégée par le Gouvernement Colombien, implique la participation active de la communauté et repose sur le même principe de base des écovillages de développer des modes de subsistance alternatifs et durables notamment à travers : l’éco-construction, la permaculture, des innovations technologiques pour la production d’énergies renouvelables à petite échelle, entre autres.

Pour conclure Camilo a présenté le Projet Razana, porté par la Leader afro-colombienne Daira Quiñones, qui a pour objectif de construire un écovillage urbain dans la périphérie de Bogotá, bénéficiant 50 familles déplacées par le conflit du département du Chocó.

Finalement Boris Partrenger en tant que vice-président et co-fondateur de l’Association française Envol Vert, a présenté les actions que cette ONG mène en Colombie.

Envol Vert existe depuis 7 ans. Elle compte 38 membres, 22 partenaires et elle mobilise 200 donateurs et 80 bénévoles pour la mise en œuvre de projets en France et en Amérique du Sud particulièrement en Colombie et au Pérou, bénéficiant jusqu’à présent 300 familles.

L’intervention d’Envol Vert sur le terrain repose sur quatre axes :

  • l’appui aux alternatives à la déforestation
  • la Reforestation des Zones Dégradées
  • la conservation des Forêts naturelles.
  • Le développement Rural et Social

En Colombie, Envol Vert développe un projet sur le Noyer Maya: Un arbre aux multiples atouts et à haute valeur nutritionnelle, dans la région de la Sierra Nevada de Santa Marta, dans le nord de la Colombie.

Ce projet intègre la reforestation, la sécurité alimentaire et le retour de la biodiversité et vise à :

  1. Augmenter la présence d’arbres de Noyer Maya
  2. Former les femmes à la cuisine des graines et améliorer la sécurité alimentaire
  3. Augmenter la rentabilité des élevages et des cultures par l’agroforesterie

Envol Vert mène également des actions de sensibilisation « positive » autour des services rendus par les forêts et des Plaidoyers contre les principaux acteurs de la déforestation en lien avec les forêts d’Amérique Latine, et sur le lien mode de vie/ déforestation via les filières. Parmi les actions phares développées par Envol Vert en ce sens, figurent notamment : les Festival ColomBiodviersidad organisé dans les villes colombiennes à l’occasion de la journée mondiale de la biodiversité.

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La première séance a conclu par un espace de débat et d’échanges avec le public

animé par Angélica Montes. Docteure en sociologie politique et présidente du Groupe de Réflexion et d’Etudes sur la Colombie et a soulevé un grands nombre d’enjeux liés mise en œuvre de l’Accord de Paix;

  • Risques associés à l’irruption de nouveaux acteurs dans les territoires post-conflit
  • Prolifération d’activités d’économiques illégales liées notamment à l’exploitation minière et au défrichement des forêts
  • Des conflits d’usage foncier aussi bien qu’une forte dépendance économique par rapport aux industries extractives
  • Besoin de repenser et renforcer le cadre juridique pour la protection de la biodiversité colombienne.
  • Déploiement de nouveaux dispositifs de gouvernance et de transparence.
  • Besoin de canaliser des ressources pour financer le développement des territoires post-conflit
  • Malgré une mobilisation de plus en plus importante, manque d’appui/intérêt du gouvernement colombien aux projets et initiatives portées par la société civile. Impératif de renforcer les liens entre les deux sphères.

En construction…

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